Les pas de l’hiver se posent à nouveau dans leurs traces, en effeuillant les dernières bribes automnales.
Cette année, janvier a aussi dénudé quelques parts de mon cœur, emportés vers ailleurs. En ce vide ont pris place des nuées de souvenirs, qui viennent certains soirs réchauffer le froid du manque.
A celle près de qui j’ai marché pendant si longtemps
A nos existences dont les brins formaient la même tresse…
Doux mois de février à tous,
Carole.
Mots de lune
Quand le jour frémit
Au seuil de la nuit
Mots de pluie
Quand les peines se mêlent
Aux larmes du ciel
Mots de sable
Quand l’océan sculpte
L’écume de l’éternité
Mots de lumière
Quand les prières murmurent
A l’ombre des promesses
Il peut bien pleuvoir
Sur les ruines du monde
Même sur les étoiles
Ça aussi
Il peut bien s’effondrer
Tout ce qu’on sait
Ce qu’on croit avoir
Ça aussi
Il peut bien disparaître
Des êtres et des amours
Tant de dernières fois
Ça aussi
Ça passera
Je cherche encore
Des dieux pour entendre
La détresse et la peur
Des fées pour reprendre
Le refrain des douceurs
Je cherche toujours
Des prières à hurler
Assez fort pour les cieux
Des chimères à rêver
Assez belles pour les yeux
Je cherche en vain
L’indicible
A croire
Je n’aurai pas assez de larmes
Pour toute ma peine
Ni assez de reconnaissance
Pour tous nos partages
Mais assez d’amour
Pour t’aimer encore
Par-delà l’absence
Mes heures se traînent dans le salon
Rien ne m’attire plus dehors
J’hésite à me lever encore
Le ciel s’est couché pour de bon
Tant de vide emplit l’aurore
Plus rien au monde n’est pareil
Le gris a repeint les merveilles
Il pleut chaque jour sur mon décor
Il parait
Qu’il y aura d’autres horizons
D’autres partages, d’autres sourires
Des réveils sans trop souffrir
Et même de nouvelles saisons
Que le temps peut tout guérir
Et qu’un jour le froid s’en ira
Le printemps voudra revenir
La paix dans l’ombre de ses pas
Il parait
C’est comme si
J’avais fermé les yeux
Comme si
Un songe s’était trompé
Comme si
Il n’était rien que ça
Rien qu’un songe
Et que je pouvais
Oublier
C’est comme si
Pouvait mourir le temps
Comme s’il
N’y avait plus d’évidence
Comme s’il
Pleuvait sur la lumière
Et qu’elle m’avait
Oubliée
Parce que tes paupières
Couvrent mes songes
Et que mon sommeil
N’habille que tes nuits
Parce que ta tiédeur
Abrite tous mes asiles
Et que tes persévérances
Ont sauvé mes espoirs
Nous sommes nos forces
Sans entrave, sans verrou
Et dans nos jours mêlés
L’orage épouse le silence
Les feuilles épongent
Ce que déversent
Le cœur et les veines
Ce qui teinte les larmes
Et répare les sourires
Et leurs sutures
Les syllabes étalent
Ce qui déborde
De la peau comme de l’âme
Quand elles ne dessinent plus
De contours aux ivresses
Ni aux brasiers
Mes insomnies te trouvent en réfutant le noir
J’ai peur de mes rêves tant que parfois j’y crois
Je voudrais pour toujours dissoudre ma mémoire
Et ne plus me souvenir que tu n’es plus là
J’aimerais que le manque trouve enfin la foi
Mais l’envol a laissé le vide entre mes doigts
Nos unissons ignorent encore tous les silences
Et résonnent contre les murs de ma mémoire
Qui sait si le mirage est l’absence ou l’espoir
Ou si les douleurs ont finalement un sens
Mais je te vois partout où tu n’es plus jamais
Si je n’ai peur de rien, j’ai si peur d’oublier
On sait tout
Quand on sait que rien ne dure
Même si l’hiver s’éternise
S’il brûle les toujours
Si les candeurs s’évaporent
Même si le temps souffle
Les rires, les moments, les souffrances
Et hier vers l’oubli
On sait tout
Quand on sait que rien ne dure
Offrir à l’eau nos abandons
Diluer la boue, le goudron
Laisser couler tout au long de soi
Les peines, les attentes et le froid
Bercer la houle de voix anciennes
Suivre les torrents dans le lit des veines
S’immerger dans l’absence du bruit
Vouloir l’océan et croiser la pluie
C’est du coton
Du doux, des nuances
C’est une caresse
Un bruissement, du silence
C’est de l’orage
Du givre et du feu
C’est de l’azur
De l’or et des ténèbres
C’est l’accalmie
La fureur et la paix
C’est un seigneur
Et l’abri des ailes
C’est une grâce
Et l’ajour des étoiles
Il recolle de ses bras
Mes morceaux éparpillés
Et raccommode de ses murmures
Les plaies de mes silences
Il démantèle de ses mains
Les briques de mes geôles
Il isole dans sa chaleur
L’épanchement de mes yeux
Et repeint dans une étreinte
Le ciel de tous mes jours
J’aurai toujours tout et tellement plus encore
Tant que la lumière rallumera l’espoir
Et que tant de grâces habiteront ma mémoire
Où près des ruines se lèvent d’autres aurores
J’aurai toujours tout et même tellement plus
Tant que des merveilles souffleront les cirrus
Et je m’en vais souvent
Voler dans les richesses
De l’infini géant
De particules en liesse
Et je me perds souvent
Près des nuits de poussière
Au-delà du néant
Bien plus loin que la Terre
Les étoiles demeurent
Où tout commencera
C’est au fond de leur cœur
Qu’un jour tout finira
Si je croisais
D’indociles douceurs
Auprès de tes matins
Si je déposais
Ma valise sur ton seuil
Les armes pour une trêve
Si j’arrivais
Au pied du monde
Au bord de toi
Si ma paume
Touchait ton âme
Et mes yeux
Ton horizon
Je n’irais plus ailleurs
Sans que tu y sois
En ces lieux éclairés de l’ombre de tes ailes
En ces temps dont l’espoir s’emprunte à tes promesses
Je suis sauve
En ces temps qu’à l’aurore le soleil délaisse
En ces lieux dont l’hiver recèle l’essentiel
Je suis sauve